Comment j’en suis arrivée là ? (2)

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[J’en étais toujours au même point, à ce point où le demi-tour n’est plus possible, mais aucune route n’apparaît… ]

L’été était déjà bien avancé, et le dépit l’emportait. Je me sentais au travail comme une souris coincée sous une patte de chat ; il ronronne d’aise de m’avoir attrapée et de savoir qu’il va pouvoir jouer. Mon cœur bât la chamade, il semble que le sort en est jeté !

Il fallait toutefois trouver une issue, ou je serais folle d’ici peu. Il fallait que je me projette dans l’avenir, il fallait que j’envisage autre chose. Puis, cette idée folle d’intégrer Emile COHL m’a traversée. J’avais connu cette école par l’intervention de 4 artistes qui en étaient issus : ils avaient créés, conçus et réalisés des fresques originales et uniques pour décorer les chambres d’un service. Lorsque j’ai monté le dossier pour trouver des financements, j’ai découvert l’école, les enseignements, les réalisations des élèves, la qualité des rendus, les films d’animation. J’ai vu comment ces jeunes avaient su développer leur univers propre. Je m’étais dit alors : « quelle chance ont-ils eu de pouvoir suivre ce cursus ». J’étais loin d’imaginer que cela pouvait être mon destin…

Ainsi l’idée m’a effleurée en ce début d’été et à mesure que l’été avançait, elle se faisait plus insistante, plus présente, plus réelle, concrète, possible. Je calculais le nombre de jours de l’année scolaire, le nombre de jours qui pouvaient être financés, sur une, deux, trois années scolaires ; je regardais le dossier qu’il me fallait constituer pour envisager l’entretien d’admission…

Enfant je dessinais beaucoup, j’étais attirée par les beaux arts, l’histoire de l’art, l’archéologie. Ma mère avait ce goût et me l’avait transmis, mais jamais je n’avais exprimé cette envie de me diriger vers une carrière artistique. Cela semblait pour mon entourage comme une folie passagère, un signe de plus de ma dépression. Ce n’était pas sérieux, comment vas-tu faire, et qu’est-ce que tu feras après ?

Oui, j’avais sans doute intégrer déjà toutes ces appréhensions lorsque j’avais 15 ans, et j’ai passé un bac scientifique, j’ai fait hypokhâgne, j’ai fait sciences po, j’ai fait un DEA de sciences politiques, j’ai enseigné en fac, j’ai été inscrite en thèse de sciences politiques pendant de longues années. C’était plus sérieux, plus rassurant ! C’était passionnant, cela m’a plu aussi, de comprendre la société politique, notre communauté humaine… j’ai « assuré ». Mais je n’ai pas soutenu ma thèse et n’ai pas intégré l’université ; j’ai passé un concours administratif et de fil en aiguille je suis arrivée dans la fonction publique hospitalière. J’ai aimé profondément mon travail, être dans une équipe dynamique, bienveillante. Accompagner les projets, participer à ma mesure à l’émergence de ce nouvel hôpital. J’étais fier et j’y ai passé beaucoup de temps au détriment de ma famille. J’étais investie et au service de ce projet et du public.

Mais, la dynamique a changé, l’équipe s’est renouvelée, j’ai été mise en question, j’avais atteint mes limites ; j’étais au bord du gouffre, qu’avais-je à perdre à tenter d’être moi-même ? Être artiste ou créatif, c’est donner la vie et j’avais besoin de ce souffle vital pour m’éveiller à moi-même. Ainsi, c’est décidé, je vais tenter ma chance !

Sculptures, autoportrait, argile, E. E. COHL, 1ère année 2016-2017

 

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